Blongios nain

Publié le mardi 26 février 2008


Blongios nain Ixobrychus minutus

Angl. : Little Bittern
All. : Zwergdommel
It. : Tarabusino

Le Blongios est une espèce paléarctique qui occupe toute l’Europe méridionale et moyenne ; sa distribution est discontinue. En France, sa répartition décrit principalement un croissant irrégulier reliant la Picardie, le nord-est, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et la vallée de la Garonne.

Actuellement, la distribution rhônalpine du Blongios est irrégulière : il occupe principalement la Dombes, puis le Forez, l’Ile Crémieu, la Bresse et divers sites du bassin lémanique et du lac du Bourget jusqu’à la basse vallée du Rhône. Il existe quelques autres implantations localisées, au gré de la répartition de son habitat favori : les bordures d’étangs, lacs et rivières, pourvues d’une roselière, même exiguë. On peut raisonnablement estimer l’effectif rhônalpin entre 75 et 100 couples, dont au moins les trois quarts en Dombes, ce qui représente donc une importante partie de l’effectif national (242-300 couples en 1995-1997), même si cette espèce discrète semble manifestement sous-estimée (Boileau in Seriot 1999).

Les données relatives à la densité de l’espèce en Rhône-Alpes font défaut. On peut cependant considérer comme remarquable la présence de quatre mâles (dont deux chanteurs) le 5 juillet 1997 sur un étang bressan d’environ 7 ha. En effet, la présence de plus d’un couple sur un même site semble désormais peu fréquente.

Le Blongios arrive chez nous à la fin d’avril (date moyenne : le 29 avril sur 29 années entre 1960 et 1998). Deux observations du 3 avril constituent les dates les plus précoces (en 1962 à Saint Martin la Plaine - 42 et en 1995 à Birieux - 01). Le chant, discret, retentit surtout en mai et juin ; il a été noté du 18 avril (en 1998 à Versailleux - 01) au 10 août (en 1991 à Lescheroux et en 2 000 à Chalamont - 01).
La ponte comprend en moyenne 4,9 œufs (sur 21 nids, dont 20 dombistes) ; elle est observée dès la fin de mai (5 œufs à Grézieux - 42 le 26 mai 1966, deux nids à 5 et 6 œufs le 27 mai 1967 à Birieux - 01) et jusqu’à la mi-juillet (3 œufs - de remplacement ? - le 12 juillet 1967 à Villars - 01). Les juvéniles, qui quittent le nid deux semaines avant de voler, sont surtout notés en juillet. Les données s’étalent du 28 juin (un jeune presque volant en 1971 à Saint Marcellin - 38) au 14 septembre (observation tardive d’un jeune prêt à l’envol en 1964 en Val de Saône). Nécessaires au nourrissage des jeunes, les allées et venues des adultes fournissent alors les conditions les plus favorables à l’observation directe de cette espèce par ailleurs furtive.
Hormis cette période, les oiseaux passent souvent inaperçus, et le départ en migration s’effectue discrètement. L’absence de données de baguage ne permet pas de confirmer que les nicheurs rhônalpins empruntent un itinéraire oriental en automne et une route de migration printanière plus occidentale, comme cela semble être le cas des oiseaux belges et allemands (Marion in [N]). Les dernières observations rhônalpines du Blongios s’effectuent généralement en septembre (date moyenne sur 20 années entre 1963 et 1990 : le 19 septembre ; dates tardives : le 16 octobre 1966 et le 9 décembre 1999 en Dombes - 01). Par ailleurs, il faut signaler la présence d’un oiseau peut-être handicapé, à Lapeyrouse (01) le 9 décembre 1999.

La régression du Blongios est incontestable. Dans le Jura proche, un tableau de chasse individuel de 150 oiseaux en un seul printemps était encore possible au siècle dernier (Crouzier in G.O.J. 1993)… Plus près de nous, les 15 couples et 9 nids notés en juin 1965 sur un seul étang à Marlieux (01) laissent aujourd’hui rêveur… Les éléments chiffrés manquent en Rhône-Alpes pour quantifier ce déclin, mais la disparition (quasi-) totale de l’espèce en Val de Saône le prouve. De même, le Blongios n’a pas été signalé en Forez entre 1983 et 1993 (Rimbert 1999). Au niveau national, une chute de 50% a été notée entre 1974 et 1983 (Marion in [N]).

La discrétion de l’espèce, conjuguée aux variations dans le temps de l’effort de prospection, rend très délicate l’appréciation d’une éventuelle remontée des effectifs depuis quelques années. On ne connaît pas non plus le rôle exact sur l’évolution des effectifs des variations climatiques dans les zones d’hivernage africaines. En tout état de cause, la protection des zones humides contre les destructions, drainages, pollutions et dérangements ne peut que bénéficier au “ petit butor ”.

Jean-Baptiste Crouzier