Bihoreau gris

Publié le mardi 26 février 2008


Bihoreau gris Nycticorax nycticorax

Angl. : Night Heron
All. : Nachtreiher
It. : Nitticora

Bihoreau gris, photo France DUMAS © 2008
Bihoreau gris, photo France DUMAS

Le Bihoreau gris est une espèce cosmopolite présente en Europe, Asie, Afrique, Madagascar (forme nominale) ainsi qu’en Amérique (3 sous-espèces). En Europe occidentale, il niche dans la péninsule ibérique, en Italie, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne (Hancock 1989). En France, une extension de son aire de reproduction a été notée vers le nord entre 1975 et 1989 (Voisin in [N]).

Dans la région Rhône-Alpes, la carte de répartition actuelle montre une grande similitude avec celle du précédent Atlas ([R]) dont les compléments n’avaient d’ailleurs pas fourni de modifications. Quatre nouveaux districts sont occupés (Roannais - 42, Monts du Forez - 42, Est Lyonnais - 69, Basse Ardèche - 07), mais correspondent à des déplacements locaux de colonies ; deux n’ont plus fait l’objet de citations : Gorges Sud de la Loire (42), Ile Crémieu (38) (remplacée par Est Lyonnais).

Les effectifs nationaux sont connus et suivis à travers des enquêtes depuis 1974 (Brosselin 1974 ; Marion 1991, 1997b). Ces auteurs montrent le déclin, généralisé en Europe, de cette espèce. En 1968, 2200 couples étaient recensés (Brosselin in Lippens et Wille 1969). Le tableau ci-après indique l’évolution rhônalpine et nationale des populations nicheuses.

Evolution des colonies de Bihoreau gris en région Rhône-Alpes
Première ligne : nombre de colonies
Deuxième ligne : nombre de couples nicheurs

1974 1981 1989 1994
AIN 7 9  ? 5
305 353 310 238
ARDECHE DROME 1 3 4 6
40 181 70 97
ISERE 1 1 1 1
22 75 36 7
LOIRE  ? 2 6 4
109 193 47
RHONE 0 0 0 1
2
Total colonies 9 15 [11] 17
Total effectifs(couples nicheurs) 367 718 609 391
Effectifs nicheurs en France 1 550 3 340 4 143 4 176
 % de la population rhônalpine nicheuse en France 24 22 15 9

L’évolution en France traduit la répartition très particulière de cette espèce : progression forte en Midi-Pyrénées et Aquitaine (63 % des bihoreaux nicheurs en 1994), baisse marquée dans les autres régions, avec disparition des “ grosses colonies ” (Marion 1997a). L’existence de “ micro-colonies ” (parfois deux à quatre couples) influe certainement sur la fiabilité des résultats de dénombrement. C’est le cas pour la région Rhône-Alpes, où l’espèce n’a pas été citée nicheuse certaines années en Dombes. Néanmoins, l’évolution régionale atteste ce déclin, déjà signalé dès 1976 en Forez - 42 ([R]) ; les populations “ saines ” aujourd’hui semblent fréquenter préférentiellement les forêts ripariales (Vallée du Rhône ou de la Drôme, par exemple).

Les sites de nidification sont variés : buissons bas (saules en particulier) ou grands arbres (chênes ou autres) dans des colonies mixtes avec Héron cendré, mais aussi des aulnes, robiniers, de taille intermédiaire. Des nids au sol en phragmitaie ont été notés en Bresse et en Forez. Les zones de recherche de nourriture sont également très diversifiées et la gamme de proies étendue ; dans la région Rhône-Alpes, peuvent être cités de manière anecdotique la capture d’une taupe (Choisy et Choisy 1981) et d’un jeune merle noir (Cordonnier 1987 b).

Espèce migratrice, le Bihoreau rejoint la région Rhône-Alpes dès la fin de mars ; les premières pontes sont généralement notées à la fin d’avril, mais des jeunes émancipés s’observent à la fin de mai. Quelques cas de nidification précoce sont signalés (par exemple éclosions le 4 mai 1982 à Villars - 01, Cordonnier 1982). Les derniers oiseaux sont observés à la fin d’octobre, parfois en novembre. Quelques cas d’hivernage ont été signalés, reflet de la situation nationale actuelle (Hafner in [H]) : Dombes depuis 1982 (Cordonnier 1982), Rhône (bassin du Grand Large, Renaudier 1996).

Les données de baguages effectués en région Rhône-Alpes concernent 68 reprises d’oiseaux bagués poussins (46 de la Dombes, 22 du Forez) ; la dispersion estivale des jeunes s’effectue dans toutes les directions, même le nord (Cordonnier 1985) : par exemple, reprise d’un oiseau forézien âgé de 2 mois en Belgique, ou d’un deuxième, dombiste, âgé de 2 mois et demi, en Hollande. Cependant, des oiseaux nés dans la région ont rejoint l’Espagne et la Sardaigne dès les mois de septembre et octobre, le Maroc en octobre, la Sierra Leone (3 200 km) en février. La fidélité à la région de naissance est montrée par 6 reprises sur les lieux de baguage (dont une dix ans plus tard en Dombes). La migration prénuptiale amène des oiseaux en Italie dès la fin de février, en Camargue au début de mars, en Autriche en mai.

Les reprises extérieures concernent trois oiseaux seulement, bagués au nid en Espagne (2 et 8 ans avant la date de reprise) et dans le Puy-de-Dôme l’année même. Douze oiseaux ont dépassé l’âge de 4 ans, un ayant même atteint 16 ans et 4 mois.

Le déclin du Bihoreau gris semble général en région Rhône-Alpes ; engagé depuis plusieurs années, il évoque celui d’autres Ardéidés migrateurs (Héron pourpré : Lebreton 1968). Les “ stratégies d’hivernage ” que développe actuellement cette espèce pourraient avoir l’effet positif qu’a connu l’Aigrette garzette. La durée de séjour du bihoreau dans la région semble d’ailleurs augmenter (Centrale C.O.R.A.). Mais la disparition de colonies à forts effectifs ne permet plus guère aujourd’hui la recolonisation de nouveaux sites, comme l’avaient montré quelques contrôles d’oiseaux bagués (Cordonnier 1985). Marion (1997b) suggère également que l’expansion du Héron cendré et son agressivité vis-à-vis des bihoreaux puissent contribuer au déclin de ces derniers.

Texte : Pierre Cordonnier
Photo : France DUMAS