Bergeronnette des ruisseaux

Publié le mardi 26 février 2008


Bergeronnette des ruisseaux Motacilla cinerea

Angl. : Grey Wagtail
All. : Bergstelze
It. : Ballerina gialla

Ce Motacillidé du Paléarctique se rencontre des Açores à l’Extrême-Orient, représenté par plusieurs sous-espèces. En Europe, la race nominale occupe une vaste zone qui s’étend de la Scandinavie à la Méditerranée. Son aire de répartition atteint en outre le Maroc, l’Asie mineure et l’Iran. En France, tout comme dans la région Rhône-Alpes, la Bergeronnette des ruisseaux fréquente surtout la partie supérieure des cours d’eau qui, à ce niveau, présentent une pente permettant un débit rapide ; devient beaucoup moins fréquente dès que le cours d’eau perd de sa vitesse. Si cette Bergeronnette s’accommode des boisements rivulaires, un environnement forestier dense lui est par ailleurs moins favorable.

En Rhône-Alpes, elle se reproduit jusqu’à 2000 m d’altitude dans les Alpes. Si on la trouve sur tout le territoire, elle occupe pendant la période de reproduction moins fréquemment les zones de faible altitude, bien qu’elle montre une tendance à les coloniser (Cochet in [N]). Ainsi, l’espèce est apparue en Bresse en 1984. En Rhône-Alpes, l’espèce est quasi omniprésente sur les secteurs offrant un réseau hydrographique répondant à ses besoins. De fait, on la rencontre dans tous les départements rhônalpins avec des effectifs nicheurs plus ou moins importants selon les capacités d’accueil de chacun d’eux. Globalement, cet oiseau est un nicheur assez commun en regard du relief de notre région. Les densités sont très variables en fonction des ressources alimentaires et donc de la qualité des eaux. Un couple a besoin en moyenne d’un km de cours d’eau. Cependant, ce chiffre n’est pas représentatif des densités rencontrées au sein des milieux très favorables. A titre d’exemple, 10 couples ont été notés sur un secteur de 3,5 km de cours d’eau dans le massif du Pilat (42), ce qui donne une densité probablement maximale d’un couple pour 350 m. A l’inverse, dans des zones peu favorables du même district, la densité devient très faible, de l’ordre d’un couple pour 6 km de rivière. Ces variations sont aussi à mettre en relation avec le substrat géologique, la richesse en sels minéraux étant déterminante pour les ressources du milieu. La Bergeronnette des ruisseaux est un migrateur partiel. Les mouvements prénuptiaux s’étalent de février à mi-avril. Ainsi, il en est passé 230 au col de l’Escrinet (07) du 12 mars au 14 avril 1984 avec un maximum de 35 le 12 mars.

L’espèce se cantonne sur les lieux de reproduction dès la fin de février et plus généralement au cours de la première quinzaine du mois de mars. C’est aussi pendant cette période que débute l’activité vocale qui se poursuit jusqu’en juillet. Le nid est presque toujours construit à proximité immédiate de l’eau. L’espèce utilise surtout des constructions humaines pour s’installer : ponts, vieux murs, tunnels, mais aussi des falaises, entre les racines d’un arbre ou, plus rarement, un vieux nid de Cincle plongeur.

La nidification s’étend de mars à juillet (dates extrêmes pour la découverte de pontes : 10 mars 1967 en Haute-Savoie - 15 juillet 1979 à Limony, 07). La taille des pontes (n = 17) se situe entre 3 et 7 oeufs pour une moyenne de 5,1 supérieure à celle (4,5) citée par Cochet (in [N]) pour le Massif central.

Lorsque s’achève la période de reproduction, les bergeronnettes des ruisseaux rhônalpines effectuent une transhumance vers l’aval des cours d’eau et en direction des plaines, y compris dans des secteurs sans aucun cours d’eau. Il faut noter toutefois que l’espèce demeure curieusement rare en Dombes (01) à cette époque, même en l’absence de gel des étangs. Si nos oiseaux sont probablement en grande partie "sédentaires", il faut noter qu’un individu bagué le 19 août 1964 à St Chamond (42) a été repris en Espagne deux mois plus tard. Un jeune de l’année bagué le 18 juin 1997 (donc probablement né à proximité) à Réauville (Tricastin)(26) a été contrôlé nicheur le 2 juin 1998 à Moliner en Champrans (05). Les effectifs locaux sont renforcés en hiver par la présence d’oiseaux exogènes. 5 de ces oiseaux bagués ont été repris dans notre région : un des Hautes-Alpes dans la Drôme, 2 de l’ancienne Tchécoslovaquie en Haute-Savoie et dans l’Isère, un d’Allemagne dans l’Isère et un suisse dans la Loire. Globalement, l’aire d’hivernage fluctue en fonction des conditions climatiques. Cette espèce sélective vis-à-vis de son habitat de nidification s’accomode en hiver d’une plus grande variété d’habitats et d’un régime alimentaire varié. Seuls un enneigement important et un gel persistant entraînent son absence hivernale, sa survie étant alors aléatoire dans de telles conditions, ce qui est le cas pour le massif alpin.

Aucune régression des populations n’ayant été signalée dans notre région où l’espèce ne semble pas en danger immédiat. La qualité des eaux de nos torrents et rivières est toutefois primordiale pour sa survie à long terme.

Philippe Rimbert