Bécassine des marais

Publié le mardi 26 février 2008


Bécassine des marais Gallinago gallinago

Angl. : Common Snipe
All. : Bekassine
It. : Beccaccino

De répartition holarctique, la Bécassine des marais occupe essentiellement en Europe le nord du 50ième parallèle mais niche aussi dans une petite zone à l’ouest de la péninsule ibérique. En France, elle ne compte qu’un effectif réduit, évalué à 2 ou 300 couples et dispersé au nord d’une ligne reliant la Gironde au Jura (Trolliet et Ibanez in [N]). Dans notre région, elle ne niche que de manière exceptionnelle. La preuve absolue de sa nidification n’y a été rapportée qu’une fois, à Arthun en plaine du Forez (42), avec la découverte d’un nid contenant deux œufs en juin 1977 (Lebreton et al. 1991). L’essentiel des indices de reproduction durant les 40 dernières années fut cependant collecté en Dombes. Dans ce district ont été recueillies en mai ou en juin plus d’une dizaine de mentions d’oiseaux chevrotant, c’est à dire paradant en vol en émettant un “ bêlement ” nuptial dû à la vibration de leurs rectrices externes. La plus récente de ces données (Le Plantay - 01) remonte au 8 juin 1995. Les cris nocturnes d’un oiseau entendu sur le même étang le 31 mai 1998 pourraient concerner l’un ou l’autre des attardés notés chaque année, parfois jusqu’à la mi-juin, en Dombes mais aussi, d’une manière moins fréquente, dans les zones marécageuses régionales favorables à l’espèce. La Bécassine pourrait en effet nicher en plaine (Dombes, Forez) mais aussi dans les marais d’altitude (comme dans le Cantal ou le Haut-Doubs). Il lui faudrait cependant pouvoir y trouver des zones de nourrissage suffisamment meubles pendant toute la période de nidification. La rareté de tels secteurs pourrait d’ailleurs expliquer la faiblesse de l’effectif français (Trolliet et Ibanez in [N]).
Nicheuse exceptionnelle dans notre région, la Bécassine des marais y est communément observée en migration. Les premiers oiseaux apparaissent généralement en février puis le passage printanier culmine en mars-avril et s’achève en mai . Dès la mi-juillet, les migrateurs postnuptiaux sont de retour. Ils fréquentent souvent des étangs aux marges exondées, parfois les berges de rivières, de mares … Les premiers groupes sont généralement observés en août ; les effectifs diminuent en septembre-octobre puis le principal du passage a lieu en novembre (Lebreton et al. 1991) ; il correspond à la saison des pêches d’étangs dombistes, génératrices de grandes vasières (maximum de 300 oiseaux à Villars-les-Dombes - 01 - le 23 novembre 1968). L’hivernage est régulier mais concerne des effectifs très faibles ; ceux-ci fréquentent alors des zones d’étangs bordées d’une végétation dense mais aussi les rives de certains fleuves comme le Haut Rhône à Seyssel .

L’analyse de 70 reprises d’oiseaux bagués tués à la chasse prouve que ceux-ci proviennent essentiellement d’Europe de l’Est (Tchécoslovaquie : 18, Ex Allemagne de l’Est : 15, Pologne : 15…) et de Suisse (18 reprises). Le fait q’une seule donnée soit d’origine russe (un poussin capturé près de Léningrad le 3 août 1961 et tué le 12 novembre 1961 à St Etienne - 42) traduit avant tout la rareté des opérations de baguage dans ce pays (Trolliet et Ibanez in [N]).
La découverte, le 1er novembre 1980 à Succieu (38), d’une bécassine baguée le 12 janvier 1980 aux Baléares concerne un oiseau en cours de migration vers des quartiers d’hivernage méridionaux. Ajoutons enfin que si 15 des 16 reprises de bécassines baguées en Dombes et en Isère ont été effectuées dans le quart sud-est de la France, la dernière est celle, plus remarquable, d’un migrateur capturé le 4 avril 1967 à St Marcel en Dombes (01) et abattu le 4 décembre 1967 à Tanger, au Maroc. L’origine exclusivement cynégétique de ces découvertes d’oiseaux bagués illustre d’ailleurs l’importance excessive des prélèvements dus à la chasse sur une espèce déjà fragilisée par la raréfaction ou l’altération des zones humides où elle nidifie.

Pierre Crouzier