Bec-croisé des sapins

Publié le mardi 26 février 2008


Bec-croisé des sapins Loxia curvirostra

Angl. : Common Crossbill
All. : Fichtenkeuzschnabel
It. : Crociere

Bec croisé des sapins, juvénile mâle, photo France DUMAS © 2008
Bec croisé des sapins, photo France DUMAS

Espèce holarctique, le Bec-croisé des sapins occupe la majeure partie des forêts résineuses de l’hémisphère Nord. Sa répartition dans l’Ancien Monde va de la Scandinavie au Maghreb et en Sibérie, jusqu’au Pacifique. En France, le Bec-croisé se reproduit dans les massifs montagneux et localement en plaine.

Bec croisé des sapins, mâle, photo France DUMAS © 2008
Bec croisé des sapins, mâle, photo France DUMAS

Sa distribution en Rhône-Alpes se calque sur celle des massifs de résineux, principalement l’Epicéa Picea excelsa dont les graines forment l’essentiel de sa nourriture. L’enrésinement artificiel en plaine ou en zone collinéenne a permis l’implantation récente de petites populations qui ont tendance à se pérenniser à la suite d’invasions (irrégulières) d’individus nordiques qui s’installent ensuite pour la reproduction (on en compte une quinzaine en France au XXième siècle ; Vansteenwegen 1998). L’espèce niche ainsi (irrégulièrement ou accidentellement ?) dans les Monts du Lyonnais (69 - un nourrissage noté le 10 avril 1988 à la Tour de Salvagny - 300 m - et un autre le 17 avril à Savigny - 400 m), le Beaujolais (69), les Chambarans (38) ou les bords du Léman (74). L’analyse des classes d’altitude par pas de 200 m en région Rhône-Alpes fait ressortir nettement une préférence pour les zones comprises entre 500 et 1600 m. Le Bec-croisé dit "des sapins" est en effet très spécialisé dans l’exploitation des graines de conifères ; la répartition et la fructification de ces résineux (pins sylvestre, arole et à crochets, mélèzes, sapins), en particulier l’Epicéa, conditionnent la distribution biogéographique de ce fringille forestier dans la région, mais aussi son calendrier de reproduction. L’espèce montre des variations cycliques d’abondance, comme en janvier 1967 où des bandes de plusieurs centaines d’individus étaient observées dans le Vercors (38) et même un millier le 21 janvier. La nidification eut lieu dès février, et des troupes d’adultes et d’immatures furent observées dans ce massif jusqu’en automne. L’année suivante, l’espèce était plutôt rare, mais en 1969 de petites colonies avaient tendance à se reconstituer (Ariagno et Delage 1970). La nidification peut avoir lieu au cœur de l’hiver ou au printemps suivant les ressources disponibles. La densité de l’espèce est de l’ordre de 0,1 couple / 10 ha en mélèzein, de 0,2 couple / 10 ha en pessière sèche et pinède et de 0,3 couple / 10 ha dans les pessières humides (Lebreton et Martinot 1998). Dans les Monts du Lyonnais (69), le Bec-croisé fut noté en déplacement 9 mois sur 12 à Dardilly sur 5 ans et ne manqua qu’en février, juin et décembre (Mandrillon, inédit). A Ceyzériat (Revermont - 01), où un suivi migratoire rigoureux est effectué depuis 15 ans, l’irrégularité inter annuelle des apparitions est encore plus évidente : 1 776 individus en 1990, mais un seul en 1992 et aucun en 1995. Sur ce site, entre 1987 et 1997, l’essentiel du passage s’est effectué du 16 septembre au 6 novembre. En 1990, année de forte invasion, le passage des plus gros effectifs est noté en novembre avec un maximum de 124 individus le 8 novembre (P. Crouzier, inédit).

Bec croisé des sapins, juvénile, photo France DUMAS © 2008
Bec croisé des sapins, juvénile, photo France DUMAS

Le passage prénuptial est discret, à l’exception des années suivant les invasions, où l’on remarque le retour des oiseaux nordiques (une partie seulement ?) : 1 001 migrateurs du 26 février au 14 avril 1984 au col de l’Escrinet (07). Le reste de l’année, l’espèce peut s’observer de façon accidentelle ici et là dans des localités où elle ne se reproduit pas, a fortiori les années suivant ou précédant les invasions (2 oiseaux au bassin du Grand Large - 69, le 18 juin 1987, et 7 puis 14 les 16 et 17 mai 1987 à la Tour de Salvagny - 69).

L’espèce chante plus ou moins toute l’année, avec une fréquence accrue de décembre à avril. Des parades nuptiales s’observent dès l’automne (parade nuptiale le 15 octobre 1978 au col du Tracal - 42) et des constructions de nids dès noël 1987 - une femelle seule qui construit, le mâle observe aux alentours - à l’Alpe d’Huez, le 6 janvier 1992 à Thorens - 74, et le 3 février 1985 Salève - 74). Les nourrissages s’échelonnent de mars (19 mars 1978 au Petit Abergement avec 1 m de neige - 01) à août.

Bec croisé des sapins, juvénile mâle, photo France DUMAS © 2008
Bec croisé des sapins, photo France DUMAS

Texte : Alexandre Renaudier
Photos :France DUMAS