Barge à queue noire

Publié le mardi 26 février 2008


Barge à queue noire Limosa limosa

Angl. : Black-tailed Godwit
All. : Uferschnepfe
It. : Pittima reale

De catégorie faunistique paléarctique, la Barge à queue noire se reproduit de l’Islande jusqu’aux bassins de l’Anadyr et de l’Oussouri en Sibérie. La sous-espèce nominale niche principalement aux Pays-Bas, dans le nord de l’Allemagne, en Belgique, au Danemark et en Europe centrale. En France, elle occupe en faible nombre (85 à 110 couples pour l’ensemble du territoire national) la Flandre, le Cotentin, la Picardie, la Normandie, la Bretagne, la Loire Atlantique, la Vendée (50 à 60 couples), la Petite Camargue près des côtes, l’Alsace, la Lorraine, la Brenne, le Val de Saône et la Dombes à l’intérieur du continent (Broyer et Bernard in [N]).

En région Rhône-Alpes, cette Barge ne se reproduit que dans le Val de Saône et en Dombes (01), bien qu’aucune certitude n’ait été recueillie pour cette dernière région durant l’enquête de cet atlas. Les sites occupés sont tous situés à faible altitude, de 175 m dans le Val de Saône à 300 m en Dombes. Avec 2-9 couples en Dombes et 1-20 couples dans le Val de Saône, l’effectif rhônalpin ne représente que 3 à 20 % de la population nationale selon les années. En Dombes, les oiseaux choisissent pour nicher des prairies fraîches, pâturées ou fauchées, le plus souvent à proximité d’un étang. Les barges voisinent alors avec des échasses, des vanneaux et des canards. Occasionnellement, elles peuvent pondre dans une culture de printemps où les nids sont alors exposés aux travaux agricoles. Dans le Val de Saône, seule est occupée la prairie inondable de cette rivière ou, certaines années, de ses affluents. Là, l’espèce cohabite avec des vanneaux et des courlis, des cailles ou des râles des genêts.

A la fin de l’hiver, les premières barges sont notées à la date moyenne du 23 février (n = 37 années, de 1960 à 1997). Pour autant, des oiseaux peuvent être observés bien plus tôt certaines années avec des dates précoces du 7 février 1972 à Arthun (42) et du 5 février 1990 à Lapeyrouse (01). Le passage printanier culmine en mars avec des troupes pouvant dépasser 300 individus. Les records sont tous dombistes : 400 les 22 mars 1964, 5 mars 1966, 7 mars 1978 et même 557 le 8 mars 1982.

Ces effectifs, bien supérieurs à ceux des futurs nicheurs locaux, correspondent à l’escale d’oiseaux septentrionaux ou orientaux. Il faut remarquer que, depuis 1988, plus aucune troupe supérieure à 200 barges n’a été mentionnée dans notre région, le record n’étant plus que de 110 à Birieux (01) le 12 mars 1989. Cela signifie-t-il que les populations considérées déclinent ou qu’elles ont modifié leur trajet migratoire ?

Les pontes, qui comptent en moyenne 3,7 œufs (n = 9), sont déposées le plus souvent en mai et peuvent occasionnellement avoir lieu en avril : 2 jeunes volants en Dombes le 5 juin 1976 indiquent une ponte aux environs du 10 avril et des éclosions dans le Val de Saône début mai 1990 une ponte près du 5 avril. Le dernier envol a été noté le 9 juillet 1990 en Dombes. La production réelle de jeunes est mal connue et ne semble pas dépasser 2 jeunes par couple ayant niché. En 1990, 6 couples dombistes ont conduit 4 jeunes à l’envol et 6 couples du Val de Saône 6 jeunes. La moyenne régionale est de 0,9 jeune à l’envol par couple ayant niché (n = 19). Les données d’autres populations françaises ou de pays étrangers sont trop peu nombreuses (Dubois et Mahéo 1986) pour pouvoir être comparées à celles recueillies en Rhône-Alpes. Comme partout en Europe continentale, la présence automnale est très faible, sans doute réduite aux seuls oiseaux locaux. La plupart des dernières mentions sont effectuées en septembre. Parfois, des attardées sont notées en octobre ou en novembre, avec des dates très tardives du 16 novembre 1986 et du 24 novembre 1963 en Dombes, du 30 novembre 1974 en plaine du Forez (42). Sans pouvoir le prouver par la reprise d’oiseaux marqués, il y a lieu de penser que les oiseaux rhônalpins hivernent dans les zones sahéliennes.

La nidification de la Barge dans notre pays semble un phénomène récent. Dans l’Ain, l’espèce était considérée comme “ assez rare, tuée en mars et août en Dombes ” au début du siècle (Bernard 1909). Le premier nid dombiste a été trouvé en 1948 (Vaucher 1952) mais l’installation réelle en Dombes est sans nul doute antérieure, dès 1937, voire même déjà en 1933 (Géroudet 1952). Avec de faibles variations annuelles, il est curieux de constater que cette population estimée à 8 couples en 1948 (Vaucher 1954-1955) s’est maintenue à ce niveau sans jamais plus se développer jusqu’en 1990 au moins (8-9 couples). Depuis, moins de 5 couples paraissent se cantonner en Dombes et, surtout, aucun cas de reproduction n’a été relevé durant l’enquête de cet atlas. Dans la plaine du Forez (42), la nidification n’a jamais été démontrée, seule une série d’observations effectuées en juin 1979 la laissant supposer. Dans le Val de Saône (01), la reproduction a été suspectée en 1980 (5 couples - Janin et Janin 1980) et en 1985, démontrée en 1989 et se maintient depuis avec un maximum de presque 40 oiseaux sur 3 sites en 1995. En Bresse (01) enfin, il faut retenir la mention de 2 oiseaux très territoriaux à Servignat (vallée de la Reyssouze) en mai 1987.

Dans notre région, la Barge à queue noire est largement tributaire de la présence de prairies fraîches et la pérennité de celles-ci n’est nulle part garantie. En Dombes, le maintien de zones herbacées à proximité des étangs ou leur réimplantation là où elles ont disparu permettront peut-être à l’espèce de nicher à nouveau. Si les reproducteurs sont fidèles à leurs sites de nidification, il n’en est pas de même des jeunes. Dans ce cas, la diminution du nombre d’oiseaux transitant en Rhône-Alpes au printemps est sans doute défavorable au recrutement de nicheurs potentiels.

Alain Bernard