Autour des palombes

Publié le mardi 26 février 2008


Autour des palombes Accipiter gentilis

Angl. : Northern Goshawk
All. : Habichtbr>
It. : Astorebr>

De catégorie faunistique européenne, polytypique, l’Autour des palombes présente une vaste répartition holarctique, du Maghreb au nord de la Scandinavie (Cramp et Simmons 1980). En Europe, il est présent de la péninsule ibérique à l’Oural et de la Crête à la Finlande entre les 35ème et 70ème parallèles de latitude nord ([E]). Les estimations récentes des effectifs européens varient selon les auteurs : Tucker et Heath (1994) évaluent la taille de la population européenne à 130 000 couples au minimum ; Bijlsma et Sulkava (in [E]) estiment les effectifs des populations d’Europe de l’Ouest entre 62 000 et 91 000 couples. Selon Cramp et Simmons (1980), la France accueille deux sous espèces, A. g. gallinarum sur le continent et A. g. arrigoni en Corse. Dans notre pays, l’Autour est quasiment absent au nord d’une ligne Charleville-Troyes-La Roche sur Yon (Yeatman 1976). Selon Joubert (in [N]), la dernière enquête nationale fait ressortir un accroissement de la densité de l’espèce dans les régions où elle était connue auparavant : à la faveur des grands massifs montagneux et des forêts de plaine de vastes superficies, cette progression numérique s’accompagne d’un élargissement de l’aire de répartition à la périphérie de ces régions. Comme à l’échelle européenne, les différentes estimations des effectifs nationaux avancent des chiffres très variables. La dernière enquête FIR-UNAO (1984) estimait la population entre 3 100 et 4 500 couples, dont 400 à 450 couples en Rhône-Alpes. Pour Joubert (in [N]), la population réelle correspond au bas de cette fourchette, entre 2 900 et 3 200 couples.

A la fin des années 1970, l’Autour était relativement abondant dans la partie préalpine méridionale de la région Rhône-Alpes, en Drôme (Baronnies, Diois, Vercors) et en Isère (Vercors, Oisans, Briançonnais), ainsi qu’à l’ouest du Rhône, en Ardèche (Haute Ardèche, Haut Vivarais) et dans la Loire (Pilat, Gorges Sud de la Loire, Monts du Forez). Dans les Alpes du Nord, ainsi que dans les Monts du Lyonnais (69 et 42), le Beaujolais Sud (69) et les Monts de la Madeleine (42), sa fréquence était moindre ; il était absent "des districts de plaine et du centre nord de la région" ([R]). Sa distribution a radicalement évolué depuis cette date. Pour la période 1993-1997, la nouvelle carte rhônalpine fait apparaître une augmentation des effectifs dans les Alpes internes (73 et 74) et des reproductions possibles ou probables dans des secteurs d’où il était absent il y a vingt ans. Des progressions des populations de plus de 20 % sont données pour la Loire et l’Ain et de plus de 50 % pour le Rhône et la Haute-Savoie. Alors qu’il semblait disparaître d’un district méridional (Basse Isère, 38), l’Autour est apparu nicheur dans treize nouveaux districts : Revermont (1 à 4 couples), Haut Bugey (1 à 10 couples), Bugey (2 à 8 couples), Valromey (3 à 6 couples) (01 ; Waille, comm. pers.) ; Beaujolais Nord et Est Lyonnais (69) ; Ile Crémieu, Bas Dauphiné, Plaine de Bièvre, Chartreuse et Grandes Rousses (38) ; Basse Vallée du Rhône et Tricastin (07 et 26). Sa présence est constatée sur 52 % des mailles de la couverture du nouvel atlas. Bien qu’il soit difficile de quantifier précisément l’augmentation des effectifs régionaux, une estimation raisonnable pour la période considérée indique qu’ils sont compris entre 600 et 2 000 couples (20 à 60 % des effectifs nationaux) répartis comme suit : 100 à 200 dans l’Ain, vraisemblablement 100 à 200 en Ardèche, 200 à 500 en Drôme, 25 à 100 en Isère, 50 à 100 dans la Loire, 10 à 50 dans le Rhône, 100 à 200 en Savoie et vraisemblablement 100 à 200 en Haute-Savoie. L’ensemble de ces éléments place l’Autour parmi les trente espèces dont la distribution et les effectifs ont le plus progressé en Rhône-Alpes depuis l’enquête précédente. Bien que les rares données disponibles à l’échelle régionale ne permettent pas de réaliser une analyse fine de l’amplitude altitudinale, il est raisonnable de penser que ce rapace niche de la plaine à la limite supérieure de l’étage montagnard. Au sud de Rhône-Alpes, Olioso (1996) cite un site occupé à plus de 1 000 m. En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) mentionnent trois nids occupés entre 1 100 et 1 500 m et donnent une cote moyenne 1 400 m pour le massif, les extrêmes étant situés à 600 et 2 000 m. En Isère, un couple régulier est connu, en cembraie, dans le massif de Chamrousse à 1 800 m (Deliry, comm. pers.). Dans des milieux analogues du canton de Vaud (Suisse), Henrioux et Jeanmonod (in Sermet et Ravussin 1995) mentionnent la nidification de l’Autour entre 1 000 et 1 200 m et dans les Alpes suisses, l’altitude maximale de 1 560 m a été signalée par Géroudet (1979).
En Rhône-Alpes les données sur les densités restent fragmentaires et les valeurs avancées varient beaucoup. Dans l’Ain, Waille (comm. pers.) donne le chiffre d’un couple pour 60 km2 ; dans la région de Cruseilles (74), Deliry et al. (en prép.) avancent celui d’un couple pour 10 km2.
Les adultes sont strictement sédentaires et, même à la mauvaise saison, ne s’éloignent jamais très longtemps du site de nidification, le mâle ne le délaissant quasiment jamais ([N]). Dès janvier, les aires volumineuses, installées à grande hauteur contre le tronc, commencent à être rechargées ; à la femelle revient le choix du nid qui va être utilisé. Les parades et les jeux nuptiaux commencent dès le mois de février : le 11 février 1996 à Burzet (07), le 14 février 1995 à Mazan l’Abbaye (07) ; ils s’intensifient jusqu’à la fin de mars - début d’avril, période de l’année où les oiseaux sont le plus facilement détectables. Le nombre moyen de jeunes à l’envol en Rhône-Alpes est de 2,2 jeunes par couple (n = 15), valeur voisine de celle mise en évidence par Deliry et al. (en prép.) dans la région de Cruseilles (74). Des mouvements migratoires sont nettement perceptibles en Rhône-Alpes et concernent essentiellement des immatures. Les mouvements de retour s’étalent de février au début d’avril : 28 migrateurs entre les 27 février et 13 avril 1984 au col de l’Escrinet (07), passage de 7 oiseaux entre le 17 mars et le 2 avril 1985 sur le même site, pic d’intensité régional de passage signalé en février pour l’année 1990. La dispersion postnuptiale a lieu entre septembre et novembre, période qui, selon les années, concentre presque la moitié des observations d’autours. Ces mouvements postnuptiaux concernent un nombre d’oiseaux assez réduit : 8 oiseaux du 2 septembre au 3 octobre 1989 à Samoëns (74), 5 le 15 octobre 1989 12 en 1995 à Fort l’Ecluse et 15 à Bertolet Valais (74) en 1998 à Fort l’Ecluse (01), 3 à Ceyzériat (01) du 8 octobre au 1er novembre 1989 ; 10 oiseaux du 4 octobre au 10 novembre 1991 à Ceyzériat (01).
Espèce très discrète et farouche, particulièrement pendant la période de reproduction, l’Autour des palombes est un des fleurons de nos rapaces diurnes arboricoles. Autrefois très persécuté, il a largement bénéficié des mesures de protection et des campagnes de sensibilisation sur le rôle des rapaces qui ont été mises en œuvre depuis le début des années 1970. Le dynamisme des populations rhônalpines associé à une meilleure qualité de prospection et une plus grande pression d’observation ont permis de découvrir l’Autour dans de nombreux nouveaux secteurs. Cette progression se poursuit, et il paraît nécessaire de rester vigilant pour qu’elle puisse perdurer sans difficulté, les densités maximales étant sans doute loin d’être atteintes.

Olivier Iborra / CORA
Alexandre Renaudier