Alouette lulu

Publié le mardi 26 février 2008


Alouette lulu Lullula arborea

Angl. : Wood Lark
All. : Heidelerche
It. : Tottavilla

Alouette lulu, photo Rémi RUFER © 2008

Presque exclusivement limitée à l’ouest du Paléarctique, l’Alouette lulu niche du sud finlandais à la moitié septentrionale du Maroc. Largement distribuée en France, elle est cependant assez rare dans le quart nord-ouest du pays, peu commune dans les grandes plaines du sud parisien et en Aquitaine (hors des dunes littorales) (Moreau in [N]).

Résultant des mêmes contraintes biologiques, son aire de répartition rhônalpine exclut les plaines argileuses trop humides, les zones de cultures intensives et les crêtes les plus élevées. L’Alouette lulu exige en effet des milieux secs, assez ouverts, ponctués d’arbustes, présentant à la fois une végétation rase et un bon ensoleillement. Elle atteint des densités de peuplement de l’ordre de 0,4 couple aux 10 ha dans les garrigues à Genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus) de Basse Ardèche (Ladet 1986) et connaît des effectifs supérieurs dans des zones méridionales moins dépourvues de buissons. Hôte typique des secteurs semi-ouverts les plus chauds de notre région, elle est particulièrement commune dans les collines et sur les plateaux de la Drôme et de l’Ardèche, sur les versants méridionaux du Jura et des Pré-Alpes, dans les landes des départements du Rhône et de la Savoie…

Ses exigences thermophiles ne permettent à l’Alouette lulu d’aborder les massifs que par leur versant méridional, généralement en deçà de 1 500 m, (mais il existe une donnée d’un chanteur à 1890 m d’altitude le 31 mars 1989 à l’Orgère en Vanoise - 73) (Lebreton et Martinot 1998). De la même manière, son attraction pour les landes fut longtemps satisfaite par les pratiques agricoles mais l’évolution actuelle de ses milieux de prédilection est préoccupante. Ceux-ci se restreignent sans cesse en raison de l’abandon du pastoralisme, de l’expansion des forêts ou des fourrés et cette raréfaction des zones ouvertes ne saurait être compensée par l’occupation marginale de sites provisoirement favorables comme les carrières de sable abandonnées du Revermont (01) ou certaines coupes forestières à blanc. Dans le sud rhônalpin, les premiers chants retentissent dès la dernière décade de janvier (dates précoces de début janvier 1975 à Vercheny - 26 et du 26 janvier 1985 à Beaulieu - 07) et parfois même dès la fin de décembre (par exemple le 20 décembre 1995 à Lavilledieu - 07 et le 25 décembre 1996 à Largentière - 07). Se cantonnant rapidement, les alouettes lulus nichent au sol et déposent leur première ponte fin mars - début avril. Les premiers groupes familiaux sont classiquement notés en mai mais se dispersent peu après, à l’entame de la seconde couvée (parfois suivie d’une troisième, estivale). Le chant reprend généralement à la faveur des belles journées d’octobre mais n’est plus alors émis nuitamment, tout particulièrement lors des périodes de pleine lune, comme il peut l’être au printemps. Rassemblées en groupe familiaux puis interfamiliaux, les lulus engagent leur migration d’automne dès la fin de septembre (en moyenne le 23 septembre, sur 12 ans de suivi postnuptial à Ceyzériat - 01). Le passage culmine à la mi-octobre (le 15 octobre à Ceyzériat), un total exceptionnel de 1 500 migrateurs ayant même été dénombré le 17 octobre 1985 au passage du col de Barracuchet (42). L’hivernage est peu commun mais régulier dans le nord de Rhône-Alpes, plus fréquent au sud, en Diois, dans les Baronnies (26) ou en Basse Ardèche notamment. Il concerne vraisemblablement à la fois des migrateurs du nord-est européen, des oiseaux montagnards descendus en plaine et sans doute aussi quelques oiseaux sédentaires. La migration printanière culmine entre la fin de février et le début de mars.

La déprise agricole qui affecte les milieux collinéens et montagnards pèse rudement sur les populations rhônalpines de cette petite alouette. Si ce phénomène n’est pas enrayé, la Lulu, mais aussi l’Engoulevent, la Pie-grièche écorcheur ou de nombreuses orchidées risquent fort de voir leurs effectifs rhônalpins se raréfier de manière préoccupante.

Texte : Pierre Crouzier
Photo : Rémi RUFER