Alouette des champs

Publié le mardi 26 février 2008


Alouette des champs Alauda arvensis

Angl. : Sky Lark
All. : Feldlerche
It. : Allodola

Alouette des champs, photo Rémi RUFER © 2008

De catégorie faunistique paléarctique, l’Alouette des champs est largement répandue à travers toute l’Eurasie. Des populations plus localisées existent même en Océanie. En France, l’espèce se reproduit dans tous les secteurs favorables ; seule la Corse présente des lacunes de répartition.

Dans la région Rhône-Alpes, cette Alouette se rencontre surtout aux basses altitudes mais atteint fréquemment 2 000 m, plus haut ça et là. En Vanoise (73) par exemple, quelques couples se reproduisent jusqu’à 2 600-2 700 m et un chanteur a même été entendu à 2 830 m à Bessans le 8 juillet 1997 (Lebreton et Martinot 1998). Les biotopes fréquentés sont des zones ouvertes.

Selon les sites, l’espèce habite des milieux prairiaux ou des cultures. Ainsi, dans le Val de Saône (01), elle habite des prairies naturelles et celles-ci, mais aussi les prairies artificielles et les pâtures, ont sa préférence en plaine de l’Ain. En Dombes (01), dans la plaine du Forez (42) et dans celle d’Assieu (38), ce sont au contraire les champs de céréales qui retiennent exclusivement des alouettes. Dans l’état actuel de nos connaissances, cette différence demeure inexpliquée (Broyer 1988). Dans tous les cas, les cultures tardives (Maïs, Tournesol) qui laissent le sol nu au printemps sont peu attractives. Dans la Loire, c’est l’oiseau le plus abondant sur les Hautes-Chaumes des Monts du Forez qui ont l’apparence de pelouses sub-alpines, entre 1 200 et 1 600 m. La plupart des densités signalées sont de peu supérieures à 1 couple/10 ha : 1,4 couple/10 ha de garrigue en Basse Ardèche (07) en 1987, 13 couples / 100 ha à Dardilly (69) et 6 chanteurs / 50 ha à Lentilly (69) en 1990 mais des valeurs bien supérieures ont été relevées : 27 chanteurs sur une zone agricole à dominante herbagère de 100 ha, 8,15 couples / 10 ha de pelouses sèches en 1987 à Château-Gaillard (01, Broyer 1988), 23 couples / 136,5 ha à Bessans (73, Miquet et Avrillier 1990).

Au printemps, les premiers chanteurs se cantonnent tôt. La date moyenne des premiers chants est le 3 février (n = 29) avec même des chants dès le 5 janvier 1972 à Rive de Gier (42) et le 11 janvier 1989 à Château-Gaillard, mais seulement le 20 février à Valence (26) et en 1991 dans la plaine de l’Ain. Ces chants sont entendus avec une fréquence maximale en mars-avril dans la plaine de l’Ain et en Dombes, à la fin de ce dernier mois dans le Val de Saône. Après une nette raréfaction en mai, les chants reprennent en juin. Dans la plaine de l’Ain, cette reprise ne concerne que les oiseaux établis en milieux prairiaux, ce qui fait douter de la capacité à nicher des alouettes cantonnées dans les cultures (Broyer 1988). Ensuite, les chants s’estompent en été et reprennent en début d’automne. Certains ont même été entendus en plein hiver et nous possédons des dates couvrant tous les mois de l’année. Les pontes, comptant en moyenne 3,7 œufs (n = 20), sont surtout déposées de fin avril à juin. Des coquilles ont pourtant été découvertes à Châteaubourg (07) le 15 avril 1996 et un nid contenant 5 œufs à Chichilianne (38) le 22 juillet 1968.

Alouette des champs, photo Rémi RUFER © 2008

Dès la fin d’août, des rassemblements d’oiseaux peuvent être observés en plaine de l’Ain sans que l’on sache très bien s’il s’agit de regroupements de familles locales ou du début de la migration automnale. Celle-ci est manifeste dès la mi-septembre et culmine en octobre et durant la première décade de novembre (c’est-à-dire aux mêmes dates que celles indiquées par Buffon -1780 – voici deux siècles). L’origine des oiseaux transitant dans notre région est mal connue. En effet, 11 des 17 reprises d’oiseaux étrangers concernent des oiseaux bagués en octobre en Suisse où ils n’étaient sans doute que de passage. La même remarque vaut pour 2 individus marqués en Belgique. Les 3 reprises significatives concernent des oiseaux marqués au nid en Russie, Pologne (tous deux repris en Isère) et Finlande (repris dans le Rhône). Cette migration est généralement diurne et les oiseaux dorment à terre. Entre les deux guerres, cette habitude était exploitée pour capturer de nombreux oiseaux (100 douzaines en une semaine à Château-Gaillard) au filet traînant. Toutefois, la migration peut être nocturne, notamment par nuit claire ou par pleine lune : un oiseau capturé à 0h30 le 8 octobre 1995 à Verrières en Forez (42) a été tué à la chasse le même jour à 16h à Narnhac (Cantal). Un oiseau bagué à Mionnay (01) et 8 autres à Verrières en Forez ont été repris de la Haute Loire aux Landes, indiquant ainsi un déplacement vers le sud-ouest. L’hivernage est entièrement dépendant des conditions météorologiques. Abondant lorsque l’hiver est doux, il est très faible lorsque la neige recouvre durablement le sol.

Au “ printemps ”, la migration est notée de février à avril avec un maximum en mars. En 1984 par exemple, au col de l’Escrinet (07), il est passé 13 535 alouettes du 25 février au 14 avril avec un maximum de 6 124 le 7 mars. A cette époque, les oiseaux peuvent être confrontés à des conditions météorologiques occasionnant d’impressionnantes rétro-migrations. Ainsi, à la mi-février 1985, de grosses chutes de neige ont occasionné une forte mortalité dans une troupe d’un millier d’individus à l’Etournel (01-74) le 13, alors que 11 535 oiseaux passaient vers le sud en une heure à Bellegarde sur Valserine (01) le 17 ! Dans le passé, de tels mouvements ont été déjà signalés. Ainsi, Buffon (1780) indique que “ dans les grands froids qui se firent ressentir la dernière quinzaine de janvier 1776, il parut, aux environs du Pont-de-Beauvoisin (73), une si prodigieuse quantité d’alouettes, qu’avec une perche un seul homme en tuait la charge de deux mulets ”. Nous ignorons tout des quartiers de reproduction des oiseaux marqués au printemps en Haute-Garonne et dans les Pyrénées-Atlantiques et repris dans la Loire.

Selon Tucker (1994), l’espèce est en légère baisse en France. Même si nous manquons de données chiffrées pour argumenter, l’Alouette des champs a indéniablement régressé dans l’ensemble de Rhône-Alpes. Sans être abondante, l’espèce était autrefois répandue en Dombes où seuls quelques couples (4 à 5 le long d’un itinéraire échantillon de 34 km en 1987 - Broyer 1988) sont présents de nos jours. De même, à Château-Gaillard, le nombre d’oiseaux cantonnés est passé de 27 en 1987 à 16 en 1995 (Roché 1995) sur une zone agricole de 100 ha à la suite de la régression de 50% des prairies. A la raréfaction des milieux favorables, s’ajoute probablement la pression de chasse, facteur aggravant pour des populations déclinant par ailleurs.

Texte : Alain Bernard, Boris Juillard
Photo : Rémi RUFER