Aigrette garzette

Publié le mardi 26 février 2008


Aigrette garzette Egretta garzetta

Angl. : Little Egret
All. : Sendenreiher
It. : Garzetta

Aigrette garzette, photo France DUMAS © 2008
Aigrette garzette, photo France DUMAS

La sous-espèce garzetta est classée dans la catégorie faunistique paléarctique, mais d’autres sous-espèces, voire espèces (ou hybrides ?), dont l’identité ne semble pas encore établie de façon certaine (et présentant parfois des formes “ mélaniques ”), ont été observées en France, région Rhône-Alpes comprise (Bernard 1990).

La répartition spécifique mondiale est vaste : Europe du sud, Afrique, sud de l’Asie, Australie, Philippines, Java, Madagascar, Nouvelle Guinée (Handcock et Kushlan 1989). En Europe, cette espèce méridionale atteint au nord la Hongrie et le sud de la Russie (Géroudet 1978). En France, elle a connu une spectaculaire progression géographique, due à la colonisation de la côte atlantique, de l’Aquitaine au Finistère (Hafner in [N]).

Citée dans la région Rhône-Alpes dès 1938 (Dombes, Géroudet 1978), l’Aigrette garzette montre une répartition actuelle très semblable à celle du précédent Atlas et de ses compléments ([R], Lebreton 1980, Broyer et Lebreton 1983, Bernard 1987) ; deux nouveaux “ districts ” ont été colonisés (Bresse - 01 et Roannais - 42), mais deux autres n’ont pas fourni de preuve de reproduction durant l’enquête actuelle (Ile Crémieu - 38, Est Lyonnais - 01 - 69).

L’effectif national, suivi de façon précise depuis 1974 (Brosselin 1974, Marion 1991-1997a-1997b), montre une très nette progression (voir tableau) depuis 1985, dont l’hiver très rude avait fait subir de lourdes pertes aux populations littorales sédentarisées (Marion et Duhautois 1986). Cette évolution ne se manifeste pas en région Rhône-Alpes où, par ailleurs, n’existent pas de “ grosses ” colonies (dépassant la centaine de couples). En Dombes (01), aucune preuve de nidification n’a pu être fournie certaines années (1988, 1989…), et rien ne permet actuellement de prévoir les tendances évolutives de la population nicheuse rhônalpine, malgré une augmentation actuelle dans les départements les plus méridionaux (Drôme, Ardèche).

Evolution des colonies d’Aigrette garzette en région Rhône-Alpes
Première ligne : nombre de colonies
Deuxième ligne : nombre de couples nicheurs

1974 1981 1984 1985 1989 1994
AIN 852 559 435 336  ? 456
ARDECHE et DROME 14 315 340 330 466 5106
ISERE 0 0 0 0 11  ?
LOIRE 0 0 0 0 48 211
Total colonies 9 8 7 6 9 11
Total effectifs (couples nicheurs) 56 74 75 66 75 173
Effectifs nicheurs en France 1 826 2 264 3 161 1 841 3 802 9 845
 % de la population rhônalpine nicheuse en France 3,1 3,3 2,4 3,6 2,0 1,8

L’habitat rhônalpin de cette espèce est le même que celui du Bihoreau gris : “ leurs exigences biologiques sont voisines, pour la recherche de la nourriture comme pour l’établissement du nid ” ([R]). Mais l’Aigrette garzette est diurne, alors que les activités du Bihoreau sont essentiellement nocturnes. La taille des proies capturées diffère également (Hafner 1978, 1980). Les nids sont installés le plus souvent dans des buissons, parfois dans de grands arbres, et toujours dans des colonies mixtes (avec Bihoreau, Héron cendré, Crabier et plus récemment Gardeboeufs). La seule exception notée concerne le Bois de Bogue (Villars - 01) où quelques couples (jusqu’à une vingtaine en 1967) se sont installés sur des robiniers, de 1964 à 1967, utilisant probablement les nids abandonnés par les corbeaux freux (Lebreton 1965, 1966, 1967, Lebreton et al. 1968).

L’Aigrette garzette est migratrice en région Rhône-Alpes, les rares cas d’hivernage signalés ne concernant que quelques individus depuis 1977 (Bernard 1984 b) et sont observés plus ou moins régulièrement.

Les dates de retour printanier se situent à la fin de mars, avec quelques citations plus précoces (6 mars 1988, 8 mars 1985) (Lebreton et al. 1991). L’installation dans les colonies est également tardive par rapport aux autres Ardéidés (mai à juin). Les dernières observations sont notées début novembre.

L’analyse des reprises de bagues (Cordonnier 1985) concernant 7 poussins dombistes montre que ces oiseaux ont atteint le Vaucluse en septembre, l’Espagne en octobre et le Maroc en novembre.

Les concentrations estivales observées en Dombes dès juillet, parfois importantes (exemples 243 en vol le 9 août 1986 ; dortoirs de 563 le 23 août 1997 et de 725 le 10 août 1998), sont le reflet d’un apport d’individus extérieurs (Camargue) , comme en témoignent les observations de sujets porteurs de marques colorées.

Espèce nicheuse relativement récente dans la région Rhône-Alpes (Meylan 1938, Berthet 1938), ses effectifs se sont étoffés dans les années 1950 en Dombes. Mais la situation actuelle en Rhône-Alpes ne reflète pas les tendances évolutives observées sur l’ensemble du territoire national. Les “ stratégies d’hivernage ” commencent à être développées. Dans le sud de la région il existe un hivernage important supérieur à 100 oiseaux au dortoir de Viviers (07). Un oiseau marqué en Camargue s’est reproduit dans la colonie de Viviers (malheureusement la bague n’a pu être lue entièrement). Une concurrence possible avec le Héron cendré, sur les sites de nidification, pourrait être invoquée. Mais il se peut aussi que la configuration actuelle de beaucoup d’étangs (particulièrement en Dombes), avec leurs berges abruptes, ne permette plus à ce petit héron d’y pêcher sa nourriture.

Texte : Pierre Cordonnier
Photo : France DUMAS