Aigle royal

Publié le mardi 26 février 2008


Aigle royal Aquila chrysaetos

Ang : Golden Eagle
All : Steinadler
It : Aquila reale

De catégorie faunistique holarctique, l’Aigle royal est répandu dans tout l’hémisphère nord. La population européenne est estimée à 5 000-6 000 couples (Watson 1997), celle de France continentale à un peu plus de 300 couples territoriaux ; en Corse, la population est estimée à une trentaine de couples (Torre 1996). Selon les régions, il faut y ajouter une proportion indéterminée d’oiseaux non cantonnés (de tous âges) ; dans les sites à forte densité (Parc national des Ecrins en 1993, 1996), des recensements montrent que ces derniers peuvent représenter près de 30 % des effectifs totaux en mars.

En Rhône-Alpes, l’Aigle royal est installé essentiellement dans les départements alpins (Haute-Savoie, Savoie, Isère et Drôme). Sa présence dans le massif du Jura et l’Ardèche est notée régulièrement. La nidification d’un couple dans le département de l’Ain a été prouvée en 1996 (Maire et al. 1997) ; bien qu’exceptionnelle, elle confirme le retour de l’espèce dans des régions abandonnées depuis des décennies. Il est possible que l’on observe le même phénomène en Ardèche dans les années à venir. En revanche, les départements du Rhône et de la Loire semblent peu propices à l’installation de nicheurs, malgré quelques observations d’individus en erratisme (un individu tué le 19 décembre 1963 près de Roanne par exemple).

Tableau 1 : Estimation du nombre de couples d’Aigle royal en région Rhône-Alpes.

Département Nombre de couples connus Source
Haute-Savoie 30 Matérac Bull. F.I.R. n°30, 1997
Savoie 21 Lebreton et Martinot 1998
Isère 27 Drillat (C.O.R.A.) Bull. F.I.R. n°30, 1997 & 1999
Drôme 30 Mathieu (comm. pers.) 1997
Ain 1 Maire et al. 1997
Ardèche 1 Bull. F.I.R. n°30, 1997
Rhône 0
Loire 0
Total 110

Les densités maximales sont atteintes dans les régions au relief accidenté et à faune riche. Les effectifs d’aigles royaux de l’arc alpin sont compris entre 1 080 et 1 150 couples (Couloumy 1998 in Drillat 1999). A l’occasion d’un comptage des aigles en Oisans (38) en 1996, les gardes-moniteurs du parc national des Ecrins ont dénombré 24 oiseaux différents sur une zone couvrant environ 550 km². Dans le même secteur, 8 couples cantonnés sont connus. L’écart moyen entre les nids occupés simultanément dans ce parc est de 8,8 km (P.N.E. en 1996) ; les plus rapprochés sont distants de moins de 5 km.

L’habitat de l’Aigle royal en région Rhône-Alpes est constitué d’espaces ouverts ou semi-ouverts au relief escarpé avec présence de falaises. Dans la partie méridionale de la région quelques couples sont installés à relativement basse altitude, sur des corniches calcaires des massifs préalpins, à l’instar de ce qui est connu dans le sud de la France (Huboux 1986). Dans les Alpes Internes, l’espèce occupe surtout les étages subalpin et alpin, bien que des sites de reproduction soient connus beaucoup plus bas (400 m d’altitude en Isère). Le record d’altitude pour une aire d’aigle ayant donné un aiglon à l’envol est de 2 500 m dans le parc national de la Vanoise (73). Le rapace peut toutefois être observé un peu partout - même en plaine - à l’occasion de ses déplacements au long de l’année, mais plus particulièrement en automne ou en hiver. Dans les montagnes, en hiver, il est plus fréquemment noté à basse altitude et près des villages.

Les aigles royaux ont besoin de tranquillité pour mener à bien leur reproduction. Les perturbations diverses, liées notamment aux activités humaines, les obligent à fuir des sites séculaires pour s’installer dans des falaises de repli exposées à des conditions climatiques beaucoup plus sévères. Dans d’autres rares cas, comme en Haute-Tarentaise, ils sont capables d’entreprendre une nidification au beau milieu de l’agitation touristique et de la réussir ! Les aires sont principalement construites dans des falaises bien que quelques cas de nidification dans des arbres soient signalés. L’Aigle royal est considéré comme sédentaire dans les Alpes, où les mouvements véritablement migratoires semblent très limités. L’erratisme, encore mal connu en l’absence d’un programme de marquage en France, ne concernerait pas seulement les jeunes. L’étude d’Haller (1996) en Suisse orientale, a mis en évidence les déplacements d’individus en hiver et leur relation avec la disponibilité en nourriture.

En janvier-février, les couples marquent fortement leurs territoires et commencent à recharger une ou plusieurs aires. Dans notre région, l’Aigle royal pond au cours de la deuxième quinzaine de mars (fin février-début mars) ; les aiglons éclosent au début de mai, leur envol a lieu à la fin de juillet (fig. 1). Les rares informations recueillies sur les pontes confirment une moyenne de 2 œufs. Un cas exceptionnel a été observé à Sixt Fer à cheval (74), où un trio (2 femelles pour un mâle) a pondu au moins 4 œufs donnant l’envol à 4 jeunes (Desmet et al. 1994) ! Dans les parcs nationaux des Ecrins (Couloumy 1996) et de la Vanoise, où les populations sont bien suivies, la productivité est proche de 0,5 jeune / couple / an, valeur conforme à celles observées ailleurs dans les Alpes. Dans le parc des Ecrins, la réussite de nichées comportant 2 aiglons à l’envol est relativement fréquente (25 % des cas) ; si l’envol des jeunes se produit en général au cours de la troisième décade de juillet, quelques attardés sont notées jusqu’à la mi-août.

L’Aigle royal est présent en Rhône-Alpes et surtout dans la zone alpine depuis fort longtemps ; cet animal a toujours fait partie du cadre de vie des populations montagnardes et les savoyards connaissent certaines aires d’aigles depuis des dizaines d’années, voire des siècles. L’appartenance de l’espèce à la faune ardéchoise ancienne ne prête pas davantage au doute. La protection légale des rapaces a permis au cours de ces deux ou trois dernières décennies un accroissement indéniable des effectifs. A partir des bastions à bonne densité (Ecrins, Vanoise, Haute-Savoie et Drôme), les ré-installations de couples constatées par les ornithologues à la fin des années 1990 devraient se poursuivre dans les secteurs favorables des départements périphériques du massif alpin ; l’accroissement récent de la population drômoise en est un exemple encourageant. Ce mouvement ne pourra se maintenir qu’à condition que la quiétude des sites de reproduction, souvent compromise par les activités humaines (vol libre, escalade, randonnée, chasse photographique, travaux), soit respectée. Sur 48 cas de mortalité (ou d’accidents) recensés en région Rhône-Alpes et dont la cause est connue (sur un total de 66), 40 sont imputables, directement ou indirectement, aux activités humaines, dont 22 cas de tir, qui reste une cause de mortalité non négligeable. Il faut compter sur une évolution des mentalités et poursuivre les efforts d’information sur la protection des rapaces. Enfin, la présence de câbles aériens est un danger permanent qui touche indifféremment jeunes et adultes. Electricité de France est le principal organisme concerné et peut mettre en place, avec les associations locales, des mesures de visualisation ou de neutralisation des lignes dangereuses à négocier au cas par cas. Comme Haller (1996), nous pensons que l’observation de plus en plus fréquente d’aigles royaux victimes d’agressions intra-spécifiques reflête l’augmentation de la densité des couples cantonnés et témoigne de la dynamique positive de cette espèce.

Christian Couloumy