Accenteur alpin

Publié le mardi 26 février 2008


Accenteur alpin Prunella collaris

Angl. : Alpine Accentor
All. : Alpenbraunelle
It. : Sordone

Polymorphique, l’Accenteur alpin est une espèce paléomontagnarde présente du nord ouest de l’Afrique du nord à la Chine. Elle est absente de la Scandinavie mais peuple tous les massifs montagneux de la Sierra Nevada (Andalousie, Espagne) au massif des Tatras à l’est des Carpates (Slovaquie et Pologne) (Cramp 1985, [E], [N]). Les effectifs européens sont estimés entre 47 000 et 73 000 couples, selon les auteurs (Tucker et Heath 1994, [E]). En France, l’espèce occupe l’ensemble des grands massifs montagneux, des Pyrénées aux Vosges, en passant par les sommets du Massif central, les Alpes et le Jura. Selon Dycrz et Janiga (in [E]), qui sous-estiment sans doute légèrement les effectifs français, ceux-ci seraient compris entre 1 000 et 3 000 couples, alors que Yeatman (1976) les évaluait entre 1 000 et 10 000 couples. Cette estimation est reprise implicitement par Lebreton (in [N]). Cet auteur évoque, pour décrire la situation française actuelle, plus un “renforcement de nos connaissances qu’une progression - numérique ou spatiale - de l’espèce” depuis la précédente enquête réalisée par Yeatman (1976).

Comme le met en évidence la nouvelle carte de répartition rhônalpine, le statut n’a quasiment pas évolué depuis la précédente enquête ([R]). Tout au plus une nidification certaine a-t-elle été enregistrée sur les Crêts du Jura (01), où la reproduction avait déjà été prouvée à la fin des années 1970 par Rolandez (1980). Dans notre région, l’Accenteur alpin niche dans les massifs alpins et les Alpes internes abritent l’essentiel de la population. Sur les bordures des massifs, dans l’Isère et dans la Drôme, celle-ci paraît plus morcelée, sa limite méridionale étant le Diois (26). Au printemps l’espèce s’installe aux étages alpin et nival, entre 1 800 m et 3 000 m ([N]). En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) donnent une cote moyenne de 2 645 m. Ailleurs les données restent trop fragmentaires pour avancer une quelconque altitude moyenne : en Oisans (38), cet Accenteur a été observé à plus de 2 500 m à l’Avelore le 6 juillet 1975 ; au col de Bérard à plus de 2 460 m le 24 avril 1984, l’altitude maximale étant le dôme du Miage à 3 610 m dans le massif du Mont Blanc (74), le 17 juin 1990. Cette répartition altitudinale est conforme à ce qui est observé dans d’autres régions en France ou en Europe. Ainsi, dans les Pyrénées, l’altitude moyenne se situe vers 2 300 m en Ariège et vers 2 700 m dans les Pyrénées orientales (Affre 1980), dans le canton de Vaud (Suisse), Reitz (in Sermet et Ravussin 1995) le dit nicheur entre 1 800 et 2 300 m ; dans les Grisons (Suisse), la nidification a été observée jusqu’à 2 750 m, alors qu’en Autriche elle a été prouvée à basse altitude : 1 100 m (Géroudet 1998 a). Les effectifs rhônalpins sont estimés entre 600 et 3 000 couples pour la période 1993-1997. Les données quantitatives restent trop incomplètes pour pouvoir avancer des chiffres pour chacun des départements. Les seules indications concernant la Drôme, où les effectifs sont compris entre 50 et 100 couples, alors que l’Isère et la Savoie accueilleraient chacune de 100 à 1 000 couples et l’Ain moins de 5 couples.

Strictement limité à l’étage alpin-nival, son habitat de prédilection est caractérisé par les pelouses rocheuses, les blocs d’éboulis et les moraines à proximité plus ou moins immédiate des névés et des glaciers ([R], [N], Géroudet 1998 a). Comme le souligne Lebreton (in [N]), les données manquent sur la densité dans les Alpes françaises ; seule indication, dans le massif des Aravis (74), un couple a été noté tous les 500 à 700 m entre 2 000 et 2 500 m. Des poussins ont pu être trouvés au nid le 25 juillet 1994 en Drôme, le 25 juillet 1997 à Lavaldens (38) et des juvéniles non volants observés jusqu’à début août : le 8 août 1985 au refuge du Carrot en Haute Maurienne (73), le 10 août 1997 au vallon du Tourrot sur le commune du Perrier (38). La possibilité d’une seconde ponte a été évoquée, mais elle n’est sans doute pas systématique (Géroudet 1998 a, [N]). La famille reste unie le plus longtemps possible, les jeunes vagabondant avec les adultes.

Dès les premières chutes de neige de la fin d’août, les oiseaux commencent à descendre dans les vallées, remontant parfois lorsque la neige fond rapidement. A l’automne, lorsque le manteau neigeux devient persistant, les mouvements deviennent de plus en plus importants et la majorité des effectifs quittent les sites de reproduction (Desmet in [H]). Il y a alors transhumance et migration parfois lointaine. Olioso (1996) souligne que l’Accenteur alpin est "extrêmement fidèle à ses sites d’hivernage", sur lesquels il vit généralement en petits groupes. En Rhône-Alpes, l’hivernage a été régulièrement observé dans le Mézenc et le Vivarais (07), à Saou ou en Val de Drôme (26), dans les zones de plaine comme celles du Grésivaudan ou de Bièvre (38) ([R]). Cependant une quantité non négligeable d’oiseaux restent sur place si les conditions climatiques le permettent : par exemple, cet Accenteur est ainsi mentionné le 26 février 1981 au col du Bérard à 2 460 m ; le 20 janvier 1990, une dizaine d’individus sont observés à la pointe de la Baletta (Val d’Isère) à 2 500 m, et jusqu’à 3 000 m en février 1983 dans l’Oisans (38), selon Provost (1985).

La situation de l’Accenteur alpin en Rhône-Alpes est paradoxale. Le Massif alpin est sans doute le principal habitat des effectifs français, mais, comme le souligne Lebreton (in [N]), il est nécessaire de combler les lacunes sur les particularités de la biologie de la reproduction de cette espèce qui reste une des plus méconnues de France. Il serait souhaitable d’élaborer à l’échelle régionale un programme d’étude et de suivi permettant de combler ces manques.

Olivier Iborra / CORA