Bouquetins du Bargy : vers une sortie de crise « par le haut » ?

20 octobre 2015

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Du fait de l’épizootie de brucellose qui a été mise en évidence début 2012 dans un élevage bovin du Chinaillon, ainsi que sur deux cas humains, soignés depuis, plus de 400 bouquetins ont été abattus dans le massif du Bargy en Haute-Savoie, sur un effectif initial maintenant estimé à environ 600 individus. Il s’agit pourtant bien là d’une espèce protégée et non chassable.

Après qu’une vaste opération d’abattage de 230 bouquetins ait été lancée par le préfet de Haute-Savoie à l’automne 2013, avec pour résultat une désorganisation des hardes et une augmentation de l’infection chez les jeunes bouquetins, la LPO et plusieurs associations nationales ont saisi l’ANSES, en septembre 2014, afin que la situation sur le Bargy soit réévaluée. Le rapport des 14 experts évalue divers scénarios et montre que le risque de transmission interspécifique et vers l’homme est quasi nul à minime, et que des combinaisons de mesures seraient vraisemblablement plus efficaces.

Le scénario soutenu par les milieux environnementaux et recommandé par le CNPN combine la surveillance des hardes sur plusieurs années, l’euthanasie sélective des bouquetins séropositifs, et la vaccination des animaux séronégatifs. La mise en œuvre de ce scénario permet de préserver les animaux sains, qui représentent environ les 2/3 des 300 bouquetins restant sur le massif du Bargy, et offre le plus de chances de résorber à terme l’épizootie.

Alors qu’un travail scientifique d’une ampleur inédite a été effectué sur le « cas Bargy », proposant des pistes solides pour enrayer l’épizootie, le préfet de Haute-Savoie a toutefois relancé en octobre 2015 une opération d’abattage total des bouquetins non marqués en 2015 ; 70 bouquetins ont été ainsi abattus de manière indiscriminée. Les tirs ont été suspendus par décision du ministère de l’Écologie suite à une très forte mobilisation de citoyens et d’associations environnementales.

Nous avons demandé à la ministre de l’Écologie, avec la Fondation Nicolas Hulot, qu’une médiation environnementale soit enfin mise en œuvre afin d’aboutir à des mesures équilibrées, favorisant à nouveau une cohabitation apaisée entre la faune sauvage et les activités pastorales sur le massif du Bargy.

Jean-Pierre CROUZAT

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