Depuis 2022, Francis Grunert coordonne bénévolement le suivi de la reproduction de la cigogne blanche dans la Loire. Aujourd’hui, c’est un groupe d’une vingtaine de bénévoles qui suit les nids à chaque période de reproduction dans le Roannais et le Forez (plus récemment), afin de relever les nombres de couples nicheurs et de jeunes à l’envol
Voici son bilan pour cette année 2026.

Des retours de plus en plus précoces

Alors que les passages prénuptiaux sont encore très rares au mois de janvier, la première cigogne ligérienne est repérée sur son nid de la colonie des Chenillas (Briennon) le 23 janvier, date de retour d’un oiseau nicheur la plus précoce enregistrée à ce jour dans la Loire. On constate que la tendance est à une prise de possession du nid de plus en plus avancée, d’autant plus marquée que les oiseaux sont âgés (plusieurs années de nidification sur un même site), même si elle peut être contrariée par des aléas météorologiques. Fin février 2026, la quasi-totalité des cigognes nicheuses ligériennes 2025 étaient de retour.

Sur le graphique à gauche ci-dessous, la « remontée » des dates moyennes en 2002 et 2023 s’explique par un afflux de nouveaux nicheurs, les jeunes cigognes primo-nicheuses arrivant beaucoup plus tardivement sur les lieux de nidification.
En ne prenant en compte que les nicheurs « anciens », on obtient la tendance du graphique à droite ci-dessous.

Les nouvelles cigognes nicheuses arrivent généralement courant mars par petits groupes sur une colonie existante, puis avancent chaque année leur date d’arrivée.

L’écart moyen des dates d’arrivée entre mâle et femelle d’un même couple est d’environ 5 jours, bien que beaucoup de couples synchronisent leurs dates d’arrivées. Les écarts ou retards de plus de 15 jours pour les couples les plus anciens peuvent être imputés à des pertes de partenaire, le conjoint survivant finissant par s’apparier avec une cigogne étrangère.

Rappelons que depuis la fermeture de la décharge de Mably en 2016, il n’y a plus d’hivernage de cigognes dans la Loire.  

Douze nouveaux couples en 2026

Mais au total que 5 couples nicheurs en plus. Comment expliquer cette différence ?

Tout d’abord, plusieurs couples nicheurs 2025 n’ont pas été revus en 2026 :

  • Un couple aux Chambons (St-Pierre-la-Noaille). Plusieurs nouveaux nids y ont bien été construits mais bien trop tardivement pour qu’on puisse les attribuer à d’anciens nicheurs.
  • 2 couples à la Noaille (Briennon) suite à la chute des nids en hiver. Sur l’un des nids, la femelle portait une bague suisse et n’a plus été revue.
  • Quatre couples dans le Forez (Valeille, Poncins, Pommiers, Arthun). Pour les 3 premiers, nids en bon état repérés en hiver, sans qu’on puisse néanmoins affirmer avec une totale certitude qu’ils aient été occupés en 2025. Les (trop) rares visites sur ces sites n’ont pas permis de confirmer une reproduction ou tentative de reproduction. Il conviendrait d’ailleurs d’accentuer notablement la pression d’observation dans le Forez. Quant au nid d’Arthun, il n’a pas été réoccupé cette année.

Accessoirement, plusieurs nids sont tombés pendant l’automne ou l’hiver et certains couples en ont donc reconstruit un nouveau à leur retour de migration : 1 à la Noaille, 2 aux Chenillas (Briennon). Nids terminés avant début mars.

Enfin, si plusieurs cigognes « étrangères » éparses ont été aperçues sur les colonies existantes fin février courant mars, c’est à la fin de ce mois qu’une vague de nouvelles arrivantes s’est fixée définitivement : 6 nouveaux nids aux Chenillas, 1 à la Noaille, 4 aux Chambons, et 1 sur pylône à Parigny, bien qu’une ébauche y ait été détectée en 2025 mais sans jamais y voir d’oiseau(x).

Soit un total de 12 nouveaux couples qui portent la population ligérienne à 130 individus soit 65 couples (60 en 2025).

Reste que 4 de ces couples n’ont pas cherché à se reproduire, ayant entamé trop tardivement la construction de leur nid. Les 61 autres couples, anciens et nouveaux, sont qualifiés de « reproducteurs » ayant tous couvé au moins 2 semaines (56 en 2025).

Beaucoup de poussins

165 poussins ou très jeunes cigognes ont été comptabilisés, chiffre possiblement inférieur à la réalité, la détection des très jeunes cigognes âgées de moins de 15 jours nécessite de passer beaucoup de temps d’observation pour chaque nid.

Dans l’absolu, si ce nombre est un record (114 poussins en 2025), il est néanmoins à nuancer, le nombre moyen de jeunes par nid, bien que supérieur à celui de l’année précédente (3 en 2026, 2,8 en 2025) reste tout de même inférieur à la moyenne des 19 dernières années : 3,3.

Mais également des pertes

  • Dues aux chutes de nids/branches/arbres : 1 à Valeille, 1 à la Noaille, 3 aux Chenillas. Sur ce dernier site, la quasi-totalité des nids de la colonie sont construits sur des peupliers morts, et les chutes de branches et d’arbres vont se multiplier et drastiquement réduire les possibilités de nidification.
  • Disparition inexpliquée de toute la nichée : 1 aux Chenillas, 1 à la Noaille.
  • Mortalité « naturelle » de jeunes oiseaux : concerne une dizaine de nids répartis sur tous les sites. Dans 9 cas sur 10, la perte est limitée à un jeune. Les premières canicules ne semblent pas devoir être mises en cause, la nourriture restant abondante jusqu’à l’envol des jeunes, et les parents sachant protéger la nichée du soleil en lui faisant de l’ombre.

Au total, 24 poussins/jeunes n’ont pas pris leur envol, soit tout de même plus de 14% de l’effectif.

Toujours des cigognes baguées

Pas de nouvelle cigogne baguée cette année, au contraire, la suissesse primo-nicheuse en 2025 n’a pas été revue (baguée le 12 juin 2021 à Courgenay, Jura Suisse).

La cigogne espagnole est toujours nicheuse aux Chenillas. Baguée le 4 juin 2021 à Peralada, Catalogne.

Enfin, la voisine de l’espagnole aux Chenillas, une cigogne avec une bague métallique illisible à distance est toujours nicheuse également.

Appel à volontaires

Le Forez reste sous-prospecté en ce qui concerne les cigognes blanches. Les nouveaux (?) nids 2025 ont été découverts fortuitement au cours de ce printemps 2026 lors de recherches de nidification éventuelle de cigognes noires.

L’hiver et le printemps (avant la pousse des feuilles) restent les meilleurs moments pour repérer les nids existants ou en construction, la densité de la végétation et l’obstacle des propriétés privées compliquant la tâche par la suite.

Le groupe Cigognes42 cherche donc des volontaires pour repérer d’autres nids et surtout en assurer le suivi à long terme. Renseignements auprès du référent : f-grunert@netc.fr

© René Diez

Cet article a été rédigé par Francis Grunert, coordinateur bénévole du suivi de la reproduction de la cigogne blanche dans la Loire et relu par Henri Colomb, membre du Comité Territorial.